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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 05:00

Sylviculture, exploitation du bois et de services autour de l'arbre... Sols appauvris parfois, richesse gérée proprement, lutte contre la pauvreté, sécurité alimentaire, autant d'arguments découverts sur Good Planet.

Les Albrans travaillent la thématique sur l'année internationale des forêts et vous laissent découvrir les enjeux à travers un texte choisi sur le site de Yann Arthus Bertrand.

 

Marché du bois : gros chiffres et gros enjeux écologiques

Exploitation et transport du bois sur l'Amazone - Brésil © Yann Arthus-Bertrand

La sylviculture jouit aujourd'hui de 327 milliards de dollars de recettes mondiales et d'une demande en constante augmentation. Perçu comme une alternative aux énergies fossiles, le bois comme combustible participe en grande partie à ce succès. Mais une exploitation intensive des ressources sylvicoles peut entraîner la disparition de forêts primaires et l'appauvrissement des sols et de la biodiversité. Toutefois, des pratiques durables existent. Appliquées à petite échelle, celles-ci pourraient aussi permettre de lutter contre la pauvreté dans les pays en développement.

La sylviculture, ou « culture de la forêt », consiste en l’exploitation des potentiels de matière première (bois, produits non ligneux) et de services (couvert, réservoir de biodiversité) des forêts. Elle prend en compte l’exploitation des forêts naturelles, qui couvrent 93% de la surface forestière mondiale, et des plantations.

En 2000, 35% des surfaces boisées étaient utilisés pour la production de bois. Les surfaces de plantations productives ont augmenté de 25 millions d’hectares entre 2000 et 2005. La demande en produits à base de bois augmente de 2,7% par an et la surface forestière diminue de 0,2% (7,9 millions d’ha). Les prélèvements dans les forêts primaires ont conduit à leur disparition, comme ce fut le cas en Europe occidentale, ou à leur recul dans les pays tropicaux d’Afrique, Amérique latine et Asie. La sylviculture, tous secteurs confondus, a procuré un emploi à environ 13 millions de personnes en 2000. Fortement liée aux sociétés humaines qui la pratiquent, elle a été considérée ces dernières années par l’Organisations des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture comme un moyen potentiel efficace de lutte contre la pauvreté, en sachant que la pauvreté est la première cause de déforestation en Afrique subsaharienne. (1)

Exploitations

Les pratiques de gestion forestière et de production du bois sont de trois types:

- Le système intensif correspond aux futaies régulières et taillis à rotation courte: plantation et coupe à blanc, essences à croissance rapide monoculturale et systématique, éventuellement de pieds clonés ou génétiquement modifiés, avec apport d’engrais et pesticides. Les essences plantées sont des conifères pour 54% (dont 32% de pin) et des feuillus pour 32% (dont 8% d’eucalyptus et 5% d’acacia). C’est une gestion à entrée économique visant à répondre à des objectifs de rendement et de maîtrise du gabarit du bois produit. Elle est présente dans chaque pays.

- Le système de la cueillettes et de l'agroforesterie, pratiqué essentiellement dans les régions tropicales, mais pas seulement. (2)

 

Bois certifiés

 

La FAO a établi en 1996 un code despratiques d’exploitation forestière, présentant des mesures pour gérer les forêts de manière durable. Des codes régionaux ont été élaborés ensuite en Asie et Pacifique (1999), puis en Afrique de l’ouest et centrale (2003, 2005) et d’autres sont en préparation dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est.

La certification se fait par adhésion volontaire de l’exploitant. Principales écocertifications : 

- FSC (Forest Stewardship Council): créé en 1994 à l’initiative d’ONG (Amis de la Terre, Greenpeace, WWF), industriels et détaillants, il s’appuie sur l’application de dix principes de foresterie durable, dont garantir la coupe de bois légale, le respect de l’environnement et le droit des peuples autochtones.

- PEFC (Pan European Forest Certification): créé en 1999 en Europe à l’initiative des propriétaires forestiers. 

- FSI (Sustainable Forestry Initiative): créé aux Etats-Unis par l’American Forest and Paper Association. Elle inclut d’importantes conditions environnementales. 

- Norme ISO14001: Norme de gestion écologique s’appliquant à toute entreprise.

- MTCC (Malaysian Timber Council Certification): créé par les exploitants forestiers, sans garanties sur plusieurs critères (protection de la biodiversité…)

- CERFLOR: créé au Brésil par les groupes papetiers, autorisant l’utilisation d’arbres génétiquement modifiés.

 

 

Pro Silva

 

En 1989, les professionnels de la filière bois créent, en Slovénie, l’association Pro Silva Europe, étendue depuis dans les plusieurs régions forestières d’Europe. Pro SilvaFrance est créée en 1990. L’objectif de ses membres, forestiers de divers horizons (propriétaires, professionnels, amis de la forêt…), est de « promouvoir une sylviculture respectueuse des processus naturels des écosystèmes forestiers, tout en étant économiquement viable ».

 

- Le système prenant en compte la multifonctionnalité de la forêt, correspondant aux futaies irrégulières. C’est une gestion globale intégrant biodiversité, équilibres écologiques, paysages, usages utilitaires et récréatifs de l’homme, production de bois. Elle existe en Europe occidentale et centrale depuis plus de cent ans selon les pays, et tend à se généraliser à l’échelle mondiale sous l’appellation labellisée Gestion durable.

L’économie du bois

Le marché du bois et des produits forestiers était de 327 milliards de dollars en 2007, avec une production de 3.832 millions de m3 répartis en 1.644 Mm3 de bois rond, 422 Mm3 de bois scié, 1.766 Mm3 de bois énergie. En 2005, 54% des surfaces mondiales de plantations destinées à la production étaient en Asie, dont 75% en Chine (54,102 Mha) et 24% en Europe, dont 36% en Russie (11,888 Mha). L’Europe reste le premier importateur mondial avec 47% du commerce mondial en 2004 et la Russie le premier exportateur de bois rond industriel avec 35% du commerce mondial.

Les principaux acteurs de la filière sont les entreprises de première transformation (scieries) et de bois-énergie (au niveau européen), et les entreprises de papeteries et panneaux, ainsi que le négoce des bois tropicaux (au niveau mondial), en perte de vitesse cependant suite à l’introduction de réglementations strictes. La filière bois énergie est actuellement en plein essor pour répondre à une demande de substitution des énergies fossiles. Dans les pays en développement, le bois est la principale, voire la seule, source d’énergie pour le chauffage et la cuisson des aliments, comme en Afrique où il couvre 90% des besoins.

Pressions sur la forêt

La gestion intensive des forêts et notamment l’enrésinement progressif des forêts des pays industrialisés, a des conséquences multiples : appauvrissement des écosystèmes forestier avec baisse de la biodiversité, uniformisation des paysages, appauvrissement ou acidification des sols, épuisement de la ressource en eau, vulnérabilité aux incendies, sensibilité accrue aux maladies et parasites. C’est par exemple le cas des plantations d’eucalyptus, grand consommateur d’eau, en Amérique latine, ou le remplacement des essences forestières endémiques par des espèces exotiques à forte productivité : forêts de conifères de l’Oregon et de l’état de Washington, de Sequoia sempervirens de Californie ou de podocarpacées de Nouvelle Zélande. S’ajoute à cette tendance les stratégies de production massive d’agrocarburants, comme en Malaisie, où le développementdes plantations de palmiers à huile est responsable de 87% de sa déforestation dans les 30 dernières années.

Les prélèvements sauvages ont pour leur part contribué aux phénomènes de déforestation, provoquant nombres de dérèglements socio-écologiques et économiques. Certains pays exportateurs pauvres s’efforcent de tirer profit de leur ressource en la surexploitant, au détriment de celle-ci à plus ou moins long terme. (3)

Lutte contre la pauvreté

Les études se multiplient, attestant la validité de la sylviculture à petite échelle par les communautés locales, à la fois sur le plan social et environnemental. De nombreux produits et services que la sylviculture met à disposition (nourriture, combustibles, remèdes et fibres, exploitation par la culture vivrière et élevage sous couvert forestier) contribuent à la sécurité alimentaire dans des régions à faible potentiel agricole, aux économies des ménages et à certaines économies nationales. (4)

Sur le plan environnemental, il a été noté que ce type de sylviculture à petite échelle était un excellent garant du maintien de la biodiversité, ce qui peut de plus contribuer à la subsistance des populations en fournissant des produits alimentaires variés et équilibrés. Une mauvaise exploitation des forêts dans les régions pauvres peut être générateur de désastres tant économiques, qu’écologiques, voire sanitaires. En effet, la sylviculture est associée aux maladies infectieuses émergentes comme le VIH, la fièvre jaune ou encore la maladie de Lyme. Les variations du couvert forestier (déforestation, fragmentation) ainsi que la mobilité humaine sont les facteurs principaux pointés du doigt comme étant potentiellement responsables de l’émergence des maladies dans les populations humaines. (5)

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